La fille de 1973

le journal de marie véjà

« T’es gentille », l’insulte ultime


(Je remercie le petit de l’Homme de m’avoir fourni la bande-son de cet article. Ses goûts musicaux m’effarent toujours un peu, mais là, ce morceau de Skrillex tombe à pic pour illustrer cet article. Je vous invite donc à le découvrir en fin de billet, attention âmes sensibles s’abstenir, c’est assez glauque… Oui, rappel, le petit de l’Homme n’a que 8 ans… Moi, à son âge, j’écoutais Chantal Goya, les choses changent, hein…)

« Tu es gentille, comme fille »

La phrase de mon pote me fait bondir.

« Quoi ???!!! Purée, tu peux tout me dire, mais, là, non, arrête de dire que je suis gentille !!!! »

« Mais enfin, pourquoi tu t’énerves ? C’est la stricte vérité ! »

« Mais merde, c’est une insulte, tu te rends compte de cela ? »

« Mais Marie, t’as un souci, toi, je te faisais un compliment. Et que tu le veuilles ou non, c’est la vérité, tu es une fille gentille. Vraiment gentille. Accepte-le, nom d’un chien ! »

J’en aurais pleuré de rage sur le moment.

Et même maintenant, quelques mois plus tard, en me remémorant cette conversation, chuis pas sûre que j’aie pas encore envie de pleurer un bon coup.

Surtout que ça vient d’un ami. Pas un pote de beuverie ou de soirée, non. Un ami. Genre le mec en qui j’ai confiance, dont je tiens compte du jugement et à qui je confie sans l’ombre d’un doute états d’âme, questionnements et réflexions intimes.

Et là, je me prends une gifle. L’insulte suprême. Je suis gentille.

Bordel.

Et pourtant, en continuant la conversation (oui car en plus d’être gentille, je suis opiniâtre, je cumule les qualités, hein), je me rends compte qu’il ne comprend pas mon énervement, non, il ne comprend vraiment pas qu’il m’a blessée. Il argumente encore et toujours qu’il vient de me faire un compliment. Un beau compliment.

Mais il débarque de quelle planète, ce coco-là ???

Parce que, arrêtons-nous deux secondes aux codes des trolls-branchouilles-rois-de-la-confiance-en-soi-et-du-jugement-des-autres, quand l’un d’eux vous sort un « elle est gentille », il parle, au mieux, d’une vraie poire; au pire, d’un boulet mono-neuronal.

Ce qui, on en conviendra aisément, est loin d’être gratifiant.

En cherchant l’origine de cette insulte, j’ai retrouvé ce grand moment du film Les Trois Frères (ma culture cinématographique me perdra) où, effectivement, « elle est gentille » est moyennement positif.
EDIT : je rajoute aussi (merci Olivier) ZE origine de cette insulte (que j’avais omis de mettre, honte sur moi) qui est bien évidemment « Je ne veux pas dire du mal… mais, effectivement, elle est gentille » que tout bon fan de l’équipe du Splendid se doit de connaître (spéciale dédicace à l’Homme dont c’est une des répliques préférées, hin, hin).

Car c’est là où le bât blesse. Pourquoi « être gentil » est devenu une tare dans notre société actuelle ?

Peut-être parce que c’est ce qu’on dit de quelqu’un quand on ne sait vraiment pas quoi dire d’autre. Genre la qualité qui ne mange pas de pain. Et ça se sent. Et on ferait mieux de la fermer.

Ou alors parce que c’est pas payant dans un monde où le trash et « avoir du caractère » sont devenus une norme pire qu’un truc étiqueté ISO machin-brol. Si t’es pas dans la norme, t’es rien. Donc oublie d’être gentil, parce que sinon tu sors du troupeau. C’est pas beau de bêler de travers, ça fait tache.

D’ailleurs « avoir du caractère », c’est devenu un truc assez flou. Suis tombée récemment sur cette citation qui donne pile poil le ton de ce qu’on définit aujourd’hui comme étant « avoir du caractère », jugez sur pièce :

Certains pensent qu’il suffit d’avoir mauvais caractère pour avoir du caractère, comme s’il suffisait d’avoir mauvaise haleine pour avoir du souffle

 

Voilà, on y est. Aujourd’hui, plus tu craches, plus tu chies, plus tu insultes,… plus tu te prouves à toi et aux autres que tu « as du caractère ». Cherchez l’erreur.

Parce qu’en fait, on oublie que tu prouves juste rien du tout. Au mieux, tu montres que t’es impoli/con/dégénéré (aucune mention n’est facultative). Au pire, tu montres que tu n’as rien à dire d’intéressant.

En y réfléchissant plus avant, on peut avoir du caractère et être profondément gentil.

Pas poire, pas moins-pensant, juste gentil.

Et c’est d’ailleurs ce qu’une copine m’a dit il y a peu… « Ce gars, c’est un vrai gentil. »

Et dans sa bouche, ça voulait dire « il est vraiment génial/je me le ferais bien/c’est le genre de mec que tu épouses dans la seconde, tu lui fais trois gosses et tu le lâches plus de ta vie entière sinon t’es une connasse finie ».

Et le mec, assurément, il a du caractère.

Du coup, j’ai réfléchi à ce que mon pote m’avait dit. A son argumentation. A son énervement devant mon coup calcaire.

Venant d’un con qui se la pète, cette phrase n’aurait pas été un compliment.

Venant de lui… ça l’est.

Alors si jamais d’aventure, il passe par ici, je voulais lui dire…

Son compliment…

Je prends.

(dans la vidéo qui suit, comme le dit le petit de l’Homme « tu vois, à la fin, c’est la gentille qui gagne ! »… C’est une façon de voir, oui…)





11 lecteurs ont un avis ... Et vous ? »


  1. Coucou Marie,

    Je suis content d’avoir lu attentivement ton texte jusqu’au bout… Aux premières lignes, j’ai failli me mettre en colère!

    Pour moi, dire à quelqu’un qu’il est gentil est un des plus beaux compliments parce que je le dis dans le sens décrit à la fin de ton post. Pas du tout dans le sens « dégénéré » communément utilisé à l’heure actuelle.

    Pour moi, une personne gentille est celle qui est profondément bonne (au sens propre hein, je ne parle pas de l’aspect ;-) ), une personne qui va être là pour t’aider quand tu en as besoin, qui te remettra à ta place quand tu partiras en live et qui cherchera toujours à être près de toi, auprès de toi, là pour toi … sans aucune arrière pensée et sans vouloir en tirer un quelconque bénéfice …

    Je l’ai dit récemment à une jeune femme formidable qui l’a d’abord mal pris. La scène s’est déroulée exactement de la même façon que ce que tu as décrit … J’ai dû argumenter pour lui faire comprendre qu’il s’agissait d’un compliment. La discussion s’est finie (peut-être comme pour toi) sur un accord mitigé de sa part, accord dont j’ai toujours l’impression qu’elle n’a donné que pour arrêter d’en parler. J’espère qu’un jour elle comprendra ce que j’ai voulu dire …

    Je partage ton sentiment sur notre société actuelle et le fait qu’il faut écraser le autres pour paraître bien. Je ne l’accepte pas car la situation est malsaine mais elle est comme elle est. Nous ne pourrons la faire changer qu’en restant ce que nous sommes, avec nos valeurs et en évitant de nous comporter de manière cynique!

    Diverbepu — 31 mai 2012

  2. Encore un bon post… Ça explique plutôt bien ce que je suis et un trait de la société qui m’horripile: rabaisser les autres a défaut d’avoir une vraie valeur à montrer. Critiquer à tout va des gens qui valent bien mieux que soi sur leur point faible, dénigrer les valeurs qu’on n’a pas, faire l’apologie de la médiocrité et de la superficialité…

    Par contre, met un plugin « mobile » sur ton WP

    David C. — 31 mai 2012

  3. Drôle, hier j’ai reçu un sms d’un pote me disant que je suis « profondément gentille ».
    Gros tic aussi en lisant ça.
    Et puis finalement j’ai aussi pris ça pour un compliment, un vrai.

    Epione — 31 mai 2012

  4. Mais non Marie, tu n’es pas gentille, tu es un bisounours. (oui oui je trolle allègrement)

    Jim — 31 mai 2012

  5. @David C ha si, si, il y a un plugin mobile logiquement ! Plutôt deux fois qu’une même ! Je checke avec ma gentille agence pour voir pourquoi ça fonctionne pas chez toi ;-)

    @Jim mais tu trolles même pas, là, Jim ! C’est ce que je hurle et revendique à longueur de temps. Sur ce blog en plus.
    Mais c’est pas un peu pareil ? Etre gentille et être un bisounours ? Parce que les Bisounours, pour moi, c’est l’incarnation même de la gentillesse, en fait… Non ?

    Marie — 31 mai 2012

  6. @Epione oui, le pire c’est que, du coup, on ne croit plus les gens qui nous le disent sincèrement…

    Marie — 31 mai 2012

  7. Ben, en fait, si, quand même … fort ;) (tu vois que je trolle, mais subtilement)

    Jim — 31 mai 2012

  8. (Jim, quand tu fais dans le subtil, préviens quoi, merde ! :p)

    Marie — 31 mai 2012

  9. Moi on vient de me dire que j’étais « pas pas gentil », j’ai été touché sans me poser de question (mais non sans me rappeler avoir lu cet article ce matin) ;)

    flup — 31 mai 2012

  10. Je n’ai jamais compris pourquoi la gentillesse a été dépréciée dans le langage commun. Il suffit de relire les meilleures définitions des dictionnaires pour comprendre toute la beauté de cette qualité.

    Comment ne peut-on pas vouloir passer du temps, beaucoup de temps, avec qqn de gentil, c-à-d « qui est plein de grâce, de délicatesse morale, de douceur » (http://dictionnaire.reverso.net/francais-definition/gentil, mais cf. les belles définitions du Robert sur papier).

    La gentillesse touche à la bonté, qui est un cran au-dessus selon moi. La télé, le cinéma, les réseaux sociaux, et la politique, entre autres, manquent cruellement de gentillesse et de bonté.

    luc — 3 juin 2012

  11. @Luc

    Promis, je me souviendrai de cette définition et je ne dirai plus jamais que c’est une insulte (quand ce n’en est pas une du moins).

    Merci…

    Marie — 3 juin 2012


Laisser un commentaire