La fille de 1973

le journal de marie véjà

Baiser


Il l’a regardée, elle l’a regardé.

Peut-être le connaît-elle, peut-être pas, peut-être l’attendait-elle, peut-être pas non plus…

Mais ils en sont là. Dans cet instant-là, cette seconde-là… Elle regarde ses lèvres, ses yeux, ses lèvres encore, elle sait. Et il sait.

La musique hurle, la foule est dense, le noir les entoure entrecoupé de flashes bleus, rouges, blancs.
Aveuglés, étourdis, assourdis, bousculés.

Et pourtant tout est limpide, lumineux. Ils sont seuls.

Leurs bouches se rapprochent. D’abord les langues se percutent, par petits coups, rapidement, comme si elles devaient se reconnaître. Puis les lèvres sont léchées, sucées,  mordillées, happées. Enfin la bouche toute entière, les langues s’enfoncent, s’enroulent, prennent cette place qui est la leur dans la bouche de l’autre. A n’en plus finir…
Ses mains à elle s’accrochent à lui, à sa chemise, à son cou, à son torse. Le reste de son corps se tend, se colle, comme pour se donner.
Et cette douleur dans le bas ventre, intense et vive.  Et en même temps, si délicieuse, si inassouvie.

Comme connectées, les langues s’arrêtent, se retirent, en même temps. Les respirations essayent de reprendre leur cours normal. Les yeux se rouvrent.
Le temps est suspendu, il la serre contre lui, elle se blottit dans son cou. Elle s’agrippe.
Cette impression, horrible et intenable, d’être un poisson hors de l’eau s’il la lâchait, s’il la laissait partir… !

Elle cherche quelque chose à dire mais rien ne vient. Il se tait aussi. Comme s’ils savaient tous les deux que le moindre mot, la moindre syllabe pouvait briser la fragile bulle dans laquelle ils sont en sursis… Alors les yeux se parlent, intensément, violemment.
Cette satanée seconde où l’on essaye d’un seul regard, un seul, de sonder, décortiquer, disséquer la pensée de l’autre !

Le vertige les prend alors les bouches se joignent à nouveau, furieuses, hargneuses, violentes.

« Hééééé, mais bougez un peu, vous voyez pas que vous êtes dans le chemin, là ? »

« ‘tain, les gens qui se lèchent et qui croient qu’ils sont seuls au monde, alors qu’ils sont dans les escaliers d’une boîte, quoi ! »

« Purée, get a room, les gars, et en attendant, dégagez les escaliers ! »

Elle sourit, il bafouille, ils éclatent de rire.

« Viens, on va trouver un coin plus tranquille… Enfin, je veux dire… On va bouger, quoi… »

Elle acquiesce en souriant toujours. Elle se fiche bien de déranger les gens, il a dit « on ».

Premier, tout premier projet à deux. Qui sera peut-être le seul, d’ailleurs. On ne sait rien de demain.
Mais qu’importe, il a dit « on ».

Sa main à lui descend vers sa main à elle, elle sent ce frôlement tout le long de son bras. Il empoigne enfin ses doigts, elle s’amarre à sa main.
Il va la remorquer jusqu’en haut de l’escalier.
Cela va durer des heures.
Ou des minutes, elle ne sait plus bien.
Elle n’a plus la notion du temps, elle n’a que cette main. Ces doigts qui caressent les siens. Cette sensation qui renaît dans son ventre. Son souffle qui s’accélère. Ses lèvres qui s’assèchent.

Il sont arrivés en haut, il se retourne pour la regarder.

Et à cet instant, à cette minute, à cette seconde…

Elle est la reine du monde.

 

(texte dédié à toutes celles et tous ceux qui ont encore 15 ans à 20, 30, 40, 50, 60, 70 ans…)

 





6 lecteurs ont un avis ... Et vous ? »


  1. Elle sait peut être… mais moi je ne me rend compte de rien en général ^^

    Fred — 17 octobre 2011

  2. Namého ça ne va pas de me réveiller comme ça de bon matin !
    De délicieux souvenirs de baisers me sont revenus…
    hmmm…
    :-)

    Monsieur Poireau — 17 octobre 2011

  3. Merci de me confirmer que j’aurai bel et bien 15 ans dans quelques jours:)

    dreamsandmoods — 17 octobre 2011

  4. Excusez-moi, le nom de la boîte c’est quoi ?

    airdefilm — 17 octobre 2011

  5. Merci … de faire remonter ces souvenirs …

    Et merci pour tes textes …

    Diverbepu — 19 octobre 2011

  6. J’adore! Vraiment

    Stan — 2 novembre 2011


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